mercredi, 21 novembre 2007
Sarkozy sourd à des revendications... inaudibles
image : timeo
Magie des chiffres sans aucun doute. André Santini, le secrétaire d'État à la Fonction publique estimait qu'à 30% de grévistes le mouvement serait "une grève moyenne" et comme par hasard, Bercy annonce un taux de grévistes dans la fonction publique de très exactement 29,99% (c'est un miracle d'obtenir un chiffre aussi précis alors le ministère des Finances est incapable de publié le nombre exact de ses agents).
Au-delà des habituelles querelles de chiffres, tant sur la participation à la grève que sur le nombre de manifestants, qui opposent traditionnellement organisations syndicales et gouvernement, il est indéniable que la journée d'action des fonctionnaires est plutôt un succès. Mais voilà, comme le reconnaît le secrétaire général de l'Unsa, Alain Olive, "le mouvement contre la réforme des régimes spéciaux a sa légitimité mais cannibalise toutes les autres revendications", au point de rendre "inaudibles" les toutes aussi légitimes revendications des fonctionnaires en matière de pouvoir d'achat. Et tout cela sans compter la place officielle réservée dans le cortège parisien à l'Unef qui, jusqu'à preuve du contraire, ne représente ni les régimes spéciaux ni les fonctionnaires…
Comme prévu, François Fillon s'en est donné à cœur joie à jouer au méchant pour condamner les grévistes qu'il accuse d'être "ceux qui dressent les Français les uns contre les autres". Pourquoi pas, mais serait-il pas pas hasard le chef d'un gouvernement qui livre à la vindicte populaire les fonctionnaires, trop nombreux, trop chers et pas assez travailleurs, ou encore les régimes spéciaux de retraites qui font de leurs bénéficiaires des nantis ??? Si ça c'est pas dresser les Français les uns contre les autres qu'est-ce que c'est ??? Mais comme souvent, le président de la République s'est révélé bien meilleur et bien plus fin manœuvrier que son Premier ministre. Nicolas Sarkozy est ainsi sorti de son silence pour assurer, sans rire (et ça c'est une performance) : "mon gouvernement n'a jamais cherché l'épreuve de force, j'ai souhaité que jamais le dialogue ne soit rompu", avant d'ajouter que dans "une démocratie, le devoir du président de la République, c'est d'être un homme de fermeté et de dialogue" tout en faisant part de sa détermination : "après tant d'hésitations, tant d'atermoiements, tant de reculs, on ne cédera pas et on ne reculera pas". Et de conclure paraphrasant en partie Maurice Thorez (décidément, après Guy Môquet, Nicolas Sarkozy semble avoir un vrai faible pour les communistes… vivement qu'il cite du Georges Marchais !!!) : "il faut savoir terminer une grève".
Bien entendu, le chef de l'État s'est bien gardé d'avancer l'ombre de la queue du début du commencement d'une proposition concrète. Et pour cause : le flot des revendications, aussi disparates que les cortèges du 20 novembre, lui offre la chance de reprendre la main en choisissant auxquelles il accepte de répondre (quitte à ce que ce ne soit à aucune), tout en montant, selon son expression, "les millions de Français qui, après une journée de travail, quand il n'y a pas de bus, pas de métro, pas de train, sont exaspérés d'avoir le sentiment justifié d'être pris en otages" contre les grévistes dont les revendications deviennent… inaudibles.

08:30 Publié dans Des chiffres et des retraites , UMP | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : politique, Sarkozy, Fillon, Santini Môquet, grève
mardi, 20 novembre 2007
Quand Sarkozy reviendra-t-il de Baden-Baden ???
image : timeo
Bien sûr, et heureusement, le mouvement de grève dans les transports n'a rien à voir avec Mai 68 (ni même avec décembre 1995).
Bien sûr, et heureusement, la manifestation anti-grève de dimanche téléguidée par des groupuscules ultra-libéraux et une partie de l'UMP n'a rien avoir avec le 30 mai 1968.
Mais il serait sans doute bon de prévenir le président de la République. En effet, à l'image du général de Gaulle il y a presque 40 ans, Nicolas Sarkozy reste étonnamment discret depuis le début de la grève laissant ses ministres et ses conseillers mener la bataille à sa place.
Ainsi, François Fillon se déchaîne contre ce qu'il appelle une grève "extrêmement minoritaire dans le pays", au point de mentir sans vergogne en affirmant que "le gouvernement était prêt à négocier plus tôt. C'est la date qui a été trouvée d'un commun accord avec les organisations syndicales. Je pense que maintenant, il n'y a plus de raison à ce que le trafic continue d'être bloqué", alors même que François Chérèque, qu'on ne peut pas taxer de refuser la négociation expliquait peu avant : "aujourd'hui, on est dans une situation assez étonnante, on fait une grève pour attendre une négociation qui a lieu dans deux jours. On gêne de plus en plus les usagers les gens sont dans une galère impossible alors qu'on pourrait hâter le pas, négocier dès ce matin".
Plutôt que de reprendre directement et franchement la main, lui qui pourtant se veut un "président qui gouverne", Nicolas Sarkozy préfère se faire désirer en laissant son conseiller social, Raymond Soubie, jouer les chambellans pour annoncer, dans une prose très raffrinesque, la probable réapparition du monarque dans les jours à venir. On apprend ainsi que "la situation est encore très mouvante" mais que le président de la République "la suit personnellement et continûment". Et Raymond Soubie d'ajouter : "dans les questions sociales, il vaut mieux être silencieux qu'être sur des tréteaux si on veut être efficace" (le Premier ministre appréciera...), "il n'est pas impossible qu'il intervienne cette semaine. Ca ne sera pas forcément d'ailleurs sur ces sujets, mais sur des sujets plus globaux, l'économie et le social en France, le pouvoir d'achat, les réformes structurelles...". Bref laissant, comme depuis le début de son mandat, le rôle du méchant à François Fillon, le chef de l'État est bien parti pour annoncer deux ou trois mesurettes en faveur du pouvoir d'achat, qui seront sans doute populaires à défaut d'être efficaces, de façon à faire remonter sa côte de popularité qui montre de sérieux signes de faiblesse depuis quelques semaines.
Preuve que le silence du chef de l'État est assourdissant, même le PS l'a remarqué au point que Stéphane Le Foll le qualifie de "surprenant". Mais lorsque l'on apprend qu'en discussion avec ses partenaires européens, Nicolas Sarkozy assure qu'il y a un "trop grand nombre de musulmans présents en Europe", on se dit que tous comptes fait c'est peut-être pas plus mal quand il se tait…

08:30 Publié dans Des chiffres et des retraites , Putain 5 ans... voire 10 , UMP | Lien permanent | Commentaires (34) | Envoyer cette note | Tags : politique, Sarkozy, Fillon, Soubie, Chérèque, Le Foll, grève
jeudi, 15 novembre 2007
L'Elysée sauvera-t-il le soldat Thibault ???
Comme dans les mauvaises séries policières pour retraités mettant en scène le sempiternel duo du bon et du mauvais flic, l'Elysée et Matignon donnent l'impression de s'être partagés les rôles sur la réforme des régimes spéciaux. Pendant que François Fillon se glisse sans difficulté dans les vêtements du méchant Premier ministre, Nicolas Sarkozy joue un rôle de pure composition, celui du président de la République à la fibre sociale.
D'un côté François Fillon appelle à "faire cesser une grève qui n'est pas utile, qui n'aboutira pas à des résultats pour qui que ce soit" et se lave les mains de l'avenir d'éventuelles négociations en précisant que les sujet qu'elles pourraient concerner "sont du ressort de la négociation dans l'entreprise". De l'autre côté, et simultanément ou presque, Nicolas Sarkozy fait annoncer par David Martinon qu'il "a demandé au ministre du Travail d'envoyer dans les prochaines heures une lettre de proposition de méthode en ce sens aux organisations syndicales", parce qu'il estime "qu'il y avait une opportunité pour que l'esprit de responsabilité l'emporte pour trouver une issue au conflit". Une déclaration qui ne fait que confirmer les propos du chef de l'État lors du conseil des ministres : "notre volonté n'est en aucun cas de bloquer et on reste sur une volonté de dialogue et de concertation avec l'ensemble des organisations syndicales". Pour ceux qui avaient encore le moindre doute, ce dernier est définitivement levé : c'est bel et bien le président de la République qui gouverne en France, reléguant le Premier ministre à un second rôle… de souffre-douleur si on se fie au malin plaisir que semble prendre le chef de l'État à contredire son subordonné (auquel il reprochait il y a encore peu de temps d'être mieux payé que lui…).
Pire, c'est le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, qui explique dans Le Monde que "Bernard Thibault a fait en sorte que la crise puisse se dénouer dès le premier jour du conflit", excluant ainsi de fait François Fillon du jeu. Le porte-parole du gouvernement, Laurent Wauquiez, n'en menait d'ailleurs pas large en tentant d'expliquer la situation par un pathétique "les négociations sont en cours, on attend donc qu'il y ait maintenant ce retour de la part de Xavier Bertrand" qui met définitivement en lumière le fait que le ministre du Travail en réfère directement à Nicolas Sarkozy en laissant Matignon dans l'attente et dans le flou…
Mais à force de saper l'autorité de son propre Premier ministre dans le seul but d'occuper compulsivement le devant de la scène médiatique tout en essayant de passer pour un modéré alors qu'il y a peu il n'avait pas de mots assez durs pour condamner les régimes spéciaux, Nicolas Sarkozy met en difficulté le leader de la CGT. En effet, alors qu'il glorifie l'esprit d'ouverture et la volonté de négocier de Bernard Thibault (Henri Krasucki réveille toi ils sont devenus fous !!!), la CGT cheminots reconduit la grève au motif qu'elle refuse de "négocier des mesures d'accompagnement". Il serait sage que le secrétaire général de la CGT ne se fasse pas trop d'illusions et surtout qu'il ne compte pas trop sur un retour d'ascenseur de la part du chef de l'État. A moins que Nicolas Sarkozy ne soit en définitive plus gaulliste qu'il y parait en laissant, par un accord tacite, la rue à la CGT en échange d'une relative liberté pour mener à bien une vraie politique de droite…

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mercredi, 14 novembre 2007
De qui se moque-t-on ???
Quelle étrange conception des relations sociales que celle du gouvernement. Le ministre du Travail, Xavier Bertrand, aura attendu la veille de la grève alors qu'il était techniquement impossible d'éviter les arrêts de travail pour recevoir certaines organisations syndicales.
Alors que la grève des transports paralyse Paris, la banlieue et une très grande partie du réseau SNCF, le ministre du Travail se félicite que la CGT envisage "une négociation dans les entreprises" en contrepartie du fait qu'elles soient tripartites. Belle progression en effet, mais il a tout de même fallu que François Fillon lui rappelle que la décence lui intime de recevoir au plus vite l’ensemble des syndicats. Nicolas Sarkozy a d'ailleurs dressé la liste des points qui devraient être abordés lors de ces rencontres en citant notamment "la pénibilité, l’emploi des seniors, l’aménagement des fins de carrière, le régime additionnel de retraites sur les primes, les avantages familiaux et conjugaux"... Et dire qu'avant la grève, l'Elysée n'avait pas de mots assez forts pour expliquer qu'il ne reculerait pas d'un d'un centimètre sur la réforme de régimes spéciaux.
Mais plus grave qu'un simple revirement (tactique ???), l'attitude actuelle du gouvernement qui consiste à ouvrir un simulacre de négociation en sachant parfaitement qu'elle ne pourra éviter la grève (le prévis débutait moins de 4 heures après le début de la rencontre avec la CGT et surtout la centrale de Montreuil n'est pas seule dans cette action...) démontre une nouvelle fois la volonté de Nicolas Sarkozy de briser les syndicats. Le président de la République en foulant au pied le dialogue social qui aurait pu permettre d'éviter le conflit par de vraies négociations en amont, joue désormais sur du velours en opposant désormais sa volonté (feinte) de dialogue au jusqu'au-boutisme des grévistes.
Cerise sur le gâteau, si la négociation débouche sur un semblant d'accord avec Bernard Thibault, accord qui serait très probablement rejeté par la base, Le chef de l'Etat sera en plus parvenu à durablement affaiblir la CGT.

08:30 Publié dans Des chiffres et des retraites , UMP | Lien permanent | Commentaires (30) | Envoyer cette note | Tags : politique, Sarkozy, Fillon, Betrand, Thibault, CGT, grève
mardi, 13 novembre 2007
Et si l'heure de la clarification avait enfin sonné au PS ???
Pendant que Nicolas Sarkozy se dit prêt à recevoir le colonel Kadhafi en avançant l'argument fallacieux selon lequel "si on ne le reçoit pas, si on ne parle pas avec des pays qui se respectabilisent, alors qu'est ce qu'on dira à l'Iran et la Corée du Nord", le PS, comme à son habitude depuis plus de trois ans, se révèle totalement incapable de présenter une position commune, même mauvaise, concernant la réforme des régimes spéciaux de retraites.
A la veille du début de la grève à la SNCF (et à la RATP pour les parisiens et les banlieusards), on était en droit d'attendre une expression unie du PS tant sur la réforme en question que sur l'attitude du gouvernement. Hélas c'est sans doute trop en demander à la rue de Solferino qui ne perd pas une occasion de se ridiculiser en s'entredéchirant en public.
Ainsi Bruno Le Roux, porte-parole du parti condamne l'attitude du gouvernement qui recherche sciemment "une épreuve de force", l'appelant "solennellement" à négocier pour "empêcher le blocage du pays". Il ne dit pas autre chose que Ségolène Royal, tout juste sortie de sa réserve pour fustiger "l'arrogance et l'archaïsme" de l'UMP sur ce dossier. Sur le fond du dossier, tant Bruno Le Roux, qu'Arnaud Montebourg pour "les royalistes" ou Jean-Marie Le Guen pour les strauss-kahniens affirment "soutenir les syndicats dans la demande qu'ils font d'une négociation qui soit meilleure" et demandent au gouvernement d' "échanger quelque chose" contre l'alignement des régimes spéciaux à 40 années de cotisation. Ils ne font ainsi que reprendre la position du Bureau national qui s'était prononcé début septembre pour "une évolution négociée des régimes spéciaux dans le cadre d'une négociation globale des retraites" afin de ne pas "désigner du doigt" les bénéficiaires de ces régimes.
Mais voilà au PS, le propre d'une décision du BN est de ne pas être respectée et mieux d'être prise à contre-pied. Le fabusien Guillaume Bachelay s'en donne ainsi à cœur joie en affirmant que "le gouvernement a dans les mains un rasoir à trois lames : stigmatiser les régimes spéciaux puis, après ce ballon d'essai, démanteler les retraites de la fonction publique, enfin casser le régime général". C'est beau comme du Jean-Luc Mélenchon ; il oublie juste de dire que François Fillon souhaite ensuite abolir définitivement la retraite, puis les salaires dans le seul but de rétablir l'esclavage…
Bien sûr que la méthode de Nicolas Sarkozy, qui cherche l'affrontement pour mieux briser les syndicats, est hautement condamnable, mais le PS n'a rien à gagner à tomber aussi facilement dans le piège tendu par le président de la République en plongeant aussi rapidement et aussi profondément dans la démagogie inverse à celle du gouvernement en le diabolisant à outrance.
Il serait peut-être temps que les chantres de l'aile soi-disant gauche du PS assument enfin leurs positions et quittent le parti et confort que cette formation sur laquelle on peut vomir tout en bénéficiant de son financement, de ses militants et, le cas échéant, du vote de ses élus pour conserver des postes électifs grassement rémunérés (suivez mon regard du côté de l'Essonne et du Palais du Luxembourg) leur assure. On leur souhaite par avance bien du plaisir pour se faire une place au milieu de la nébuleuse des parti(cule)s d'extrême gauche !!!

08:30 Publié dans Des chiffres et des retraites , PS | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : politique, Sarkozy, Montebourg, Royal, Mélenchon, Le Roux, Bachelay







