vendredi, 08 juin 2007

La minute nécessaire de Jean-Louis Debré

Jean-Louis Debré fut un effroyable ministre de l'Intérieur qui comparait les étrangers à des pilleurs de frigos, mais il fut, contre toute attente, un très bon président de l'Assemblée nationale, très respectueux notamment des droits de l'opposition. Peut-être sera-t-il un bon président du Conseil constitutionnel… Il faut de toute façon l'espérer parce que neuf c'est long.
Pour son premier exercice pratique, avant qu'il ait à se prononcer sur les futures réformes promises par Nicolas Sarkozy, dont certaines comme les peines planchers (qui font se retourner dans leurs tombes des générations et des générations de juristes) sont fondamentalement et intrinsèquement anticonstitutionnelles, le président Debré, ses huit sages et son Valéry Giscard d'Estaing (membre de droit de par son statut d'ex-tout mais surtout d'ancien président de la République) ont rendu publiques leurs observations sur la présidentielle 2007. Si dans l'ensemble "le scrutin s'est déroulé dans de très bonnes conditions avec un taux de participation élevé au premier comme au second tour", Jean-Louis Debré précise que "pour autant, le Conseil constitutionnel estime que les conditions dans lesquelles il s'est déroulé appellent, comme pour les précédentes élections, un certain nombre d'observations". Il regrette en particulier la "diffusion prématurée d'indications sur l'issue du scrutin" et souligne qu'au second tour "les sites internet de la presse étrangère francophone ont diffusé des indications sur l'issue du vote à partir de 17h30". A moins que Nicolas Sarkozy, qui se gargarise déjà de son triomphe au G8 durant lequel il pense avoir converti George W Bush à l'écologie (rien que ça !!!), n'impose au reste du monde de respecter les lois françaises aux quatre coins du globe, il y a peu de chances que cela évolue d'ici 2012…
Faisant preuve de réalisme, le Conseil "s'interroge sur le bien-fondé des règles de présentation" et note que. "le nombre de candidats a pu affecter la clarté du débat électoral, notamment dans le cadre de la campagne radiotélévisée, en raison de l'exigence légale d'une stricte égalité entre les candidats". Une fois ce diagnostic posé, on souhaite bien du courage à ceux qui seront chargé de modifier la règle des 500 signatures, qui si elle est dépassée, à au moins le mérite d'exister. Et quand on connaît l'empressement avec lequel les politiques, tous les politiques, accusent les règlementations de de faire le jeu de leurs adversaires, nul doute que quelle que soit la solution retenue, elle fera l'unanimité contre elle…

Le Conseil constitutionnel va maintenant pouvoir se pencher sur les comptes des campagne des candidats, exercice ô combien funky et glamour, mais qui permet de relever de superbes perles et tricheries, comme celles qui avaient coûtés le remboursement d'une partie de ses frais de campagne à Bruno Mégret en 2002.

mercredi, 09 mai 2007

Les vacances de monsieur Sarko

image : timeomedium_Sarko.JPG
Il est des symboles qui font mal et qui peuvent vous poursuivre longtemps. Les vacances de milliardaire que s'offre Nicolas Sarkozy à peine élu président de la République risquent bien d'appartenir très rapidement à cette catégorie.
Ìl faut dire qu'il fait fort. Alors que le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy s'était fait l'apôtre de la tolérance zéro au volant (avec une réelle réussite concernant la réduction du nombre de tués sur les routes), le président Sarkozy traverse Paris le soir de son élection devant les caméras de télé, sans ceinture et en brûlant tous les feux rouges. De même, alors que le candidat Sarkozy assurait s'adresser au laissés pour compte et au sans grades qui ont du mal à boucler leurs fins de mois, au point de proposer un mensonger "travailler plus pour gagner plus", le président Sarkozy réserve son premier déplacement (dans les conditions citées plus haut) à ses amis Johnny Hallyday et autres Jean Réno (réputés pour être dans le besoin) pour un dîner au Fouquet's (on est loin d'une cantine Eurest), laissant ses militants aux prises avec Enrico Macias et Jean-Marie Bigard place de la Concorde.
S'il est possible de mettre ces deux superbes boulettes médiatiques sur le compte de l'émotion de l'élection, il n'a en revanche plus aucune excuse pour la suite. Dans un premier temps sa première nuit de président passée dans une suite du Fouquet's, mais surtout ses quelques jours de vacances, dans un premier temps présentés comme une retraite pour "habiter sa nouvelle fonction", sur un yacht de luxe (à plusieurs dizaines milliers d'euros la semaine...) au large de Malte. Bien sûr, ces frais ne seront sans doute pas à la charge de la République, mais du groupe de Vincent Bolloré, grand ami de Nicolas Sarkozy et propriétaire du bateau (ce qui est tout de même plus class que la villa corse de Christian Clavier un moment évoquée). Mais comme signe d'indépendance et d'impartialité du nouveau président de la République face aux grands groupes on a connu mieux... De même, pour quelqu'un qui annonce depuis des mois vouloir "réhabiliter la valeur travail", un dîner, une nuit d'hôtel et enfin des vacances de milliardaires pour ouvrir son mandat c'est loin de faire sérieux.

Mais Nicolas Sarkozy s'étant transformé durant la campagne en pourfendeur de la repentance, il y peu de chances de le voir un jour faire amende honorable concernant cette première série de dérapages. N'empêche que tout cela risque bien de lui coller à la peau et qu'il aura bonne mine dans quelques mois quand il demandera des sacrifices aux Français au nom de l'intérêt général...

mardi, 08 mai 2007

Solfé s’apprête à rimer avec curée

medium_PS_envers.jpgLe PS sera toujours le PS. Après la lourde défaite à la présidentielle, et sans même attendre celle qui se profile pour les prochaines législatives, les éléphants, notamment les deux battus des primaires, sont déjà en ordre de bataille pour… prendre la direction du parti.
Les choses n’ont pas traîné, les résultats étaient à peine tombés que Dominique Strauss-Kahn tirait la première salve anti-Royal avec un tonitruant : "depuis cinq ans nous ne nous sommes pas renouvelés en nous laissant bercer par les illusions des victoires aux régionales et aux européennes. Les Français ne veulent plus de solutions qui ont vingt ans. La rénovation sociale-démocrate que j'ai initiée ne l'a pas encore emporté dans le camp socialiste. Il faut maintenant mettre en œuvre ce renouveau, c'est la condition de l'espoir et moi je suis disponible pour cela". En dehors du tempo pour le moins mauvais, DSK a réalisé une performance de choix : rééditer 30 ans après l’"appel de Conflans", tant sur le fond que sur la forme… et quand on sait ce qu’il est advenu de l’auteur de l’original, on peut se demander si le député de Sarcelles ne s’est pas tiré une balle de pied, en plus d’avoir poignardé son parti dans dos en direct à la télé. Autre éléphant qui se voudrait également sur le retour, Laurent Fabius, sans doute meilleur tacticien que son prédécesseur à Bercy, laisse ses proches sortir la boite à gifles envers la candidate battue : "il faut qu'elle comprenne qu'elle a perdu. Ce qu'elle fait est choquant. Elle disait être la candidate du réel, qu'elle commence par le réel électoral".
Dans le même temps, Ségolène Royal, comme galvanisée par sa défaite, a d’emblée balayé l’idée de se transformer en "Jospin de Melle", au contraire elle affirme : "nous allons rénover la gauche, nous devons continuer à changer la politique, nous devons continuer la démocratie participative, le souffle de la liberté ne vas pas s'arrêter là, au contraire, il va grandir. Nous allons préparer les lendemains d'une France qui finira bien par choisir les vrais Désirs d'avenir !". Après avoir causé une crise d’apoplexie quasi généralisée chez les pachydermes de Solferino en insistant sur ses collectifs plutôt que sur le parti, la candidate ajoute un laconique "restons unis", sous-entendu bien sûr, vous derrière et moi devant. En guise de bonne volonté, et en bonne poitevine qu’elle est devenue, elle conclue par une superbe raffarinade : "notre talisman c’est l’unité". En grand connaisseur Jean-Pierre Raffarin pourrait ajouter que pour aller vers l’unité au PS, "la route est droite, mais la pente est raide"…
Dans ce brouhaha indescriptible, mais tellement habituel au PS au lendemain des trop nombreuses défaites, le premier secrétaire a bien du mal à se faire entendre quand il tente de siffler la fin, momentanée, de la récré en affirmant qu’il "ne tolérerait aucun règlement de comptes" au PS au moment où il y a "un défi à relever"

Heureusement certains on encore une haute estime du combat pour l’intérêt général au PS, à l’image d’un Arnaud Montebourg, qui après avoir observé la déferlante Sarkozy à 57% dans sa circonscription, se rassurait déjà : "j'ai déjà vu pas mal d'électeurs expliquer qu'ils votent Sarkozy aux présidentielles et voteront Montebourg aux législatives", avant de recommander un peu de champagne dans la loge de France 2

lundi, 07 mai 2007

Putain cinq ans...

image : timeomedium_Sarko.JPG
Un taux de participation quasi record et un score (écrasant ???) qui ne souffrent d'aucune contestation. Sans surprise, et en dépit des dernières attaques désespérées, peu fair-play et pour tout dire un peu pathétiques de Ségolène Royal à l'encontre des sondeurs (qui pour une fois ne se sont pas trompés) et des médias, Nicolas Sarkozy a été élu démocratiquement président de la République.
Bien sûr, certains ne vont pas hésiter à appeler à un troisième tour social. Mais à quoi cela servirait de bloquer le France, ou de mettre le feu aux banlieues pour contester une élection qui s'est déroulée démocratiquement, si ce n'est à renforcer la légitimité du président nouvellement élu ???
Bien sûr, cinq cela va être long, très long, notamment avec un François Fillon à Matignon qui ne manquera pas de régurgiter toute l'aigreur qu'il a accumulée depuis son éviction du gouvernement Villepin.
Bien sûr, le programme, les propos et la personnalité de Nicolas Sarkozy peuvent laisser craindre des moments difficiles pour le dialogue social voire pour les libertés individuelles.
Bien sûr, "travailler plus pour gagner plus" se révélera sans nul doute, et rapidement, une escroquerie intellectuelle.
Bien sûr, la Marseillaise réorchestrée par Johnny Hallyday (avec l'accent suisse ???), c'est loin de faire rêver... ou alors cauchemarder.
Mais pour autant, il ne faut pas tomber dans la condamnation totale, a priori et sectaire de Nicolas Sarkozy. La moindre des choses est de lui laisser au minimum le bénéfice du doute au moins jusqu'à ses premières annonces de décisions.

Avant que les couteaux (et les bazookas) ne soient ressortis rue de Solferino pour une énième guerre des courants au PS, voire espérons-le, une vraie remise en cause et recomposition du parti, il ne faudrait pas oublier que dans un mois se dérouleront les législatives qui peuvent encore priver Nicolas Sarkozy des pleins pouvoirs. Ce n'est donc que le 10 juin à 20 heures qu'il sera temps de tirer toutes les conséquences de cette année électorale et cela pour toutes les formations politiques...

samedi, 05 mai 2007

Voter pour ne pas avoir de regrets

medium_Carte_electeur.2.jpgA 24 heures du second tour de la présidentielle, le jury du Top 3 a décidé, comme il y a 15 jours, ne pas publier de classement afin de ne pas troubler la sincérité du vote de dimanche. Scrutin qui, si on juge par les derniers sondages, à défaut d'être drôle, devrait nous offrir une belle cargaison de prétendants au Top 3 pour les 5 ans à venir...
Quoi qu'il en soit, n’oubliez pas de voter avant de profiter de l’apéro ou de vous rongez les sangs en attendant les résultats à 20 heures et non avant sur les blogs de quelques sous-stars télévisuelles sur le retour qui tentent pathétiquement de faire parler d’elle.

vendredi, 04 mai 2007

Le demi choix de François

medium_UDF.jpgFrançois Bayrou est centriste, c'est-à-dire qu'il reste toujours au milieu. Il vient d'en donner une nouvelle preuve en annonçant dans Le Monde : "je ne voterai pas pour Sarkozy". Au vu de ses déclarations tout au long de la campagne c'est loin d'être un scoop, mais il faut lui reconnaître un réel courage : en cas de victoire, plus que probable, le 6 mai du candidat UMP ce dernier lui fera très certainement payer au prix fort cette absence de ralliement. D'autant plus que les 2/3 des députés UMP ont d'ores et déjà appelé à voter Sarkozy dans l'espoir de sauver leur circonscription.
Cependant, le président de l'UDF n'a pas pour autant fait que la moitié du chemin puisque qu'il se refuse à donner une consigne de vote (en faveur de Ségolène Royal) en se contentant d'affirmer : "à l'heure qu'il est, je ne sais pas ce que je ferai mais je commence à savoir ce que je ne ferai pas". Peut-être faut-il y voir une ultime coquetterie pour tenter pendant quelques jours encore d'occuper une place centrale dans la vie politique française. En effet, dès le 6 mai à 20 heures, il retrouvera l'ombre, tandis que le président élu accaparera l'attention de tous. Il y a fort à parier que la création de son nouveau parti "dès le début de la semaine prochaine et qui tournera autour du mot démocrate, Parti démocrate", selon Jean-Marie Cavada, ne soit pas l'événement politico-médiatique du mois de mai 2007…
Mais François Bayrou a raison de continuer à se faire mousser tant qu'il le peut encore. Et ce ne sont pas les deux finalistes qui lui donneront tort, puisque la chasse aux voix bayrouistes semble bel et bien être le seul point sur lequel il s'accordent (dommage que PPDA et Arlette Chabot ne les aient pas branchés, lors du débat du 2 mai, sur ce sujet capital pour l'avenir de la France, plutôt que de les laisser se disputer sur l'avenir des retraites ou la résorption de la dette…). Pendant que Nicolas Sarkozy lui conseille de "rester calme", ajoutant pour lui faire du pied : "je respecte le choix de François Bayrou, je ne sais pas pourquoi il s'est mis dans cette situation-là, nos programmes sont très proches, nous avons été amis pendant des années", Ségolène Royal se dit "très satisfaite" et assure : "chacun a compris ce qu'il voulait dire, et comme je n'imagine pas qu'il puisse s'abstenir compte tenu de l'enjeu, je crois que les choses sont subtilement dites". Mieux, tous deux le draguent ensuite ouvertement. Le premier en affirmant : "mon programme est compatible avec le sien alors que le programme de Mme Royal ne l'est pas". La seconde en lui faisant directement miroiter un rôle, voire un poste, de premier plan : "si je suis élue, je travaillerai avec le centre en général et François Bayrou en particulier".

Cependant du côté du candidat UMP, l'intimidation reprend rapidement le dessus puisque selon lui, "de toute manière François Bayrou devra bien choisir une alliance. Si rénover la vie politique, c'est dire: Je vote blanc, eh bien il fait comme Jean-Marie Le Pen". Ce n'est sans doute pas comme ça que Nicolas Sarkozy entamera sa réconciliation avec François Bayrou, mais sur la forme, force est de constater, une fois n'est pas coutume, qu'il n'a pas tort…

jeudi, 03 mai 2007

Des hauts et débat

medium_nouvel_star_elysee.jpgLes efforts de PPDA et d'Arlette Chabot pour tirer vers le bas ce débat avec leurs interventions intempestives (le fond étant touché avec la dernière question people...) et leurs mimiques affligeantes face caméra auront été vains : Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal nous ont (enfin) offert une vraie opposition projet contre projet dans cette campagne électorale… mieux vaut tard que jamais. Outre le fait que Nicolas Sarkozy a démontré une nouvelle fois un aplomb face auquel on ne peut qu'être admiratif quand il s'agit de mentir effrontément pour masquer sa méconnaissance de certains sujets, en affirmant par exemple que l'EPR est un réacteur nucléaire de 4e génération (à une génération près il avait raison…) tout en se permettant de jouer à l'inquisiteur lorsqu'il trouve son adversaire trop peu précise, deux constatations s'imposent à après ce débat :
1/ Une nouvelle fois, exactement de la même façon que lors des débats des primaires socialistes, puis lors de l'émission J'ai une question à vous poser, Ségolène Royal ne s'est pas écroulée face à la confrontation. Il va donc bien falloir se rendre à l'évidence, même si sa voix et ses manières d'institutrice sévère ne sont des plus agréables, la candidate socialiste a su s'imposer dans l'adversité et dans le débat d'idées. Bref, et n'en déplaise aux Cassandres, notamment de gauche, si l'on peut parfaitement être opposé à ses idées auxquelles elle reste fidèle depuis des mois (y compris celles qui font grincer des dents au PS), force est de constater qu'à quatre jours du second tour elle ne s'est toujours pas effondrée. Y compris lorsque le candidat UMP ne trouve rien de mieux a lui servir au sujet de la scolarisation des enfants handicapés qu'une pale copie du "monopole du cœur" de Valéry Giscard d'Estaing, matinée d'un machisme bas gamme sur la vieille rengaine de la femme qui "perd ses nerfs" (et pourquoi pas qui a ses règles pendant qu'il y est ???).
2/ En revanche, il est tout de même étonnant (et même risible si ce n'était pas si triste) d'entendre Nicolas Sarkozy expliquer à qui veut l'entendre que la France est "le seul pays du monde" à aller contre le bon sens économique avec les 35 heures, qu'au passage il se refuse à abroger, et avec la fiscalité "la plus forte d'Europe". On en oublierait presque qu'il a été au gouvernement presque sans discontinuer depuis cinq ans, y compris à Bercy (le ministère des Finances, pas le POPB...) comme il aime pourtant à le rappeler lui-même…

Bien sûr ce débat ne changera probablement pas grand-chose au résultat du 6 mai. Les convaincus des deux camps continueront d'affirmer que leur candidat est sorti vainqueur de cet affrontement, ou à défaut, notamment du côté du candidat de l'UMP (qu'on annonçait vainqueur par KO depuis des mois, alors qu'il n'en a rien été bien au contraire…), que la supériorité de son programme a enfin éclaté au grand jour. Quant aux autres, ils pourront toujours regretter qu'il n'y ait pas eu de sang sur les murs ni de petites phrases assassines…Mais pour une fois que la politique française nous offre un vrai débat d'idées, ne boudons pas notre plaisir.

mercredi, 02 mai 2007

En attendant le débat…

Certes un débat Chirac/Le Pen en 2002 n'a manqué à personne. Certes le débat de 1995 entre Jacques Chirac et Lionel Jospin n'a pas laissé un souvenir impérissable, si ce n'est l'impression d'avoir été tourné 40 ans plus tôt. Certes un débat de second tour sans François Mitterrand ce n'est pas vrai un débat de second tour. Pourtant rarement un débat aura été aussi attendu que celui du 2 mai entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. Non pas que cet affrontement télévisé ait une réelle chance de faire évoluer de façon conséquente les intentions de vote, ou même qu'il permette pour la première fois depuis le début de la campagne d'assister une opposition d'idées, programme contre programme, mais uniquement parce qu'à quatre jours du scrutin, il serait temps qu'on arrête les blagues.
En effet, depuis le 22 avril on a plus entendu les éliminés du premier tour que les deux qualifiés. François Bayrou aurait eu tort de se gêner tant la candidate socialiste lui a servi la soupe, avec pour paroxysme un vrai/faux débat sur BFM TV (c'est d'ailleurs probablement en voyant quelle chaîne retransmettait cette pitoyable prestation que le candidat UDF a du réaliser qu'il était bien éliminé…), lors duquel il n'a rien lâché, surtout pas un signe tant attendu rue de Solferino d'un éventuel début d'appel au vote en faveur de Ségolène Royal (alors que 21 des 29 députés UDF ont d'ores et déjà rallié Nicolas Sarkozy). Jean-Marie Le Pen, comme tous les ans, a profité du 1er mai pour venir souiller la statue et la mémoire de Jeanne d'Arc avec comme nouveauté cette année, une explication alambiquée pour tenter de démontrer que le premier tour n'a pas été une raclée… Il faut bien ça pour remotiver ses troupes et les envoyer au casse pipe lors des législatives de juin. En prime, le leader du FN a laissé transparaître tout le mépris qu'il a pour la démocratie en général et la présidentielle en particulier, qui est pourtant la seule élection qui le fasse exister, en appelant à une abstention "massive" le 6 mai.

Il serait cependant exagéré de dire que les deux candidats encore en lice non rien fait depuis 10 jours : ils ont réuni leurs amis du showbiz en jouant à celui qui a la plus grande… audience. Au Bercy plein à craquer de Nicolas Sarkozy a répondu le Charléty bourré de Ségolène Royal. Tout cela manque tout de même un peu d'ambition pour la France : quitte à faire fans l'inutile, un stade de France aurait eu plus de la gueule…

samedi, 28 avril 2007

Top 3 des champions de la semaine 64

medium_top3_hebdo.gifLe Top 3 fait son retour entre les deux tours de la présidentielle avec un classement qui aurait parfaitement plus récompenser les deux finalistes ainsi que le troisième homme tant ils nous livrent (surtout François Bayrou et Ségolène Royal) une caricature de lutte politicienne en lieu et place de l'opposition d'idées que les citoyens sont en droit d'attendre à huit jours de l'élection du futur chef de l'État.
Cependant, les performances de certains outsiders nous offre un podium de très haute tenue.

1/ Eric Besson
C'est en habitué du classement que l'ex "monsieur économie" du staff de la candidate socialiste revient sur le podium. Non content de vomir sa haine de Ségolène Royal dans un livre sorti peu avant le premier tour, il rallie ouvertement Nicolas Sarkozy en poussant la névrose jusqu'à faire son autocritique lors d'un meeting du candidat UMP. Devant 5 000 personnes, Eric Besson a ainsi affirmé : "dès l'automne 2006, il était déjà limpide pour beaucoup d'entre nous que si la confrontation portait sur les idées et sur la capacité à gouverner, alors Ségolène Royal n'avait guère de chance de l'emporter face à Nicolas Sarkozy. Il fallait donc, pour espérer le battre, le diaboliser, le caricaturer en espérant parvenir à ce qu'il fasse peur. Dans cette entreprise, j'ai pris ma part, trop largement ma part, et je suis reconnaissant à Nicolas d'avoir bien voulu, parce que nous nous connaissions, mettre cela sur le compte du combat partisan" avant de s'adresser directement à Nicolas Sarkozy : "nul ne doute de ta capacité à incarner la France qui ose, qui entreprend, qui crée des richesses et qui se lève tôt".
Outre le fait qu'il semble évident qu'Eric Besson ferait bien de consulter un psychiatre au plus vite (même s'il y a peu de chances que son état puisse encore empirer), on souhaite bien du courage au candidat pour gérer un soutien aussi fiable…

2/ Les Verts
Non contents de la veste récoltée le 22 avril avec moins de 2% des suffrages obtenus par Dominique Voynet (soit moins que Marie-George Buffet), les Verts sous l'impulsion de Cécile, qui-parle-dans-mon-dos-parle-à-mon-cul, Duflot se préparent une nouvelle bérézina pour les législatives en refusant tout accord avec le PS, pourtant le seul moyen pour eux de conserver un semblant de représentation parlementaire. Ainsi estimant que "que les conditions pour une majorité parlementaire et gouvernementale de gauche et des écologistes ne sont aujourd'hui pas réunies", les Verts ont-ils décidés de présenter 577 candidats (soit 10% des effectifs du parti…) lors des élections de juin.
Non contents d'aller à une défaite annoncée, les Verts préfèrent entraîner avec eux leurs alliés socialistes en leur faisant de la concurrence dans toutes les circonscriptions plutôt que d'accepter les sièges "offerts" par le PS. Sans doute Eric Besson aurait-il mieux fait de rallier les Verts pour vraiment s'opposer au PS…

3/ Philippe de Villiers
"Dans ce nouveau contexte et fidèle à mes convictions, j'invite les Français à faire le choix de la droite et de Nicolas Sarkozy pour barrer la route à la gauche". Voici comme le député de Vendée justifie son ralliement au candidat UMP qu'il n'a cessé d'attaquer durant la campagne au point de le qualifier de candidat du communautatrisme, voire de l'islamisme.
Mais voilà, celui qui s'est vanté des mois durant d'être la surprise de la présidentielle (avant de réviser ses ambitions à la baisse, autour de 5%, à l'approche du 22 avril), n'a même pas réalisé 3% ce qui le prive du remboursement de ses frais de campagne. Alors plutôt que refaire la manche en public comme en 1995, sans doute a-t-il négocier une aumône auprès de la richissime UMP, comme l'avait fait (avant de disparaître à jamais) Alain Madelin en 2002.

vendredi, 27 avril 2007

Dans un ménage à 3 il y a toujours un(e) cocu(e)

medium_nouvel_star_elysee.jpgCinq jours après le premier tour il serait temps d’arrêter les blagues. Tous les observateurs se sont félicités jusqu’à plus soif de la double victoire pour la démocratie française que sont le fort de taux de participation au scrutin du 22 avril et la présence au second tour des représentants des deux plus principales forces politiques du pays. Mais justement, pour que les règles de la démocratie ne soient pas bafouées, il serait temps de rappeler haut et fort que seuls Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal sont qualifiés pour le second tour. Ce qui revient à préciser que, contrairement aux apparences, François Bayrou a été éliminé de la course à l’Elysée par les électeurs !!!
Cette précision pourrait paraître de bon sens, or depuis dimanche soir, tout donne l’impression que le candidat UDF est encore en lice tant il est sollicité plus ou moins ouvertement et plus ou moins amicalement pas les candidats UMP et PS, voire par les médias. Mais le comble du n’importe quoi vient d’être atteint avec l'annonce, puis l'annulation de l’organisation d’un débat télévisé entre François Bayrou et Ségolène Royal alors même qu’un débat entre candidats avec le premier tour n’avait pas (en partie pour des raisons techniques d’égalité de temps de parole) eu lieu. Ce débat, selon la formule de Jean-Louis Bianco, grand ordonnateur de la campagne de la candidate PS, devrait "éclairer" les électeurs. Bon idée que d’ "éclairer" les électeurs sur le programme d’un candidat déjà éliminé… Outre le fait que cette idée est absurde, que se passera-t-il si un électeur ayant voté Bayrou le 22 avril, réalise une fois "éclairé" par ce débat qu’il n’a pas fait le bon choix ??? Ou pire, qu’un électeur de Ségolène Royal se dise qu’en fin de compte il aurait mieux fait de voter au premier tour pour le candidat centriste ???
Face à un tel déballage de démagogie bon marché et surtout stérile électoralement, Nicolas Sarkozy, qui part déjà avec un bel avantage en vue du second tour, peut pavoiser et ironiser : " François Bayrou pense que Mme Royal ne sera pas une bonne présidente de la République, il pense que je ne serai pas un bon président de la République. Au fond, il pense qu'il n'y avait que lui qui pouvait être un bon président de la République".

En voilà une bonne idée, pendant qu’il y est, François Bayrou ne devrait pas se contenter d’être courtisé par le PS et l’UMP, il devrait carrément demander aux deux finalistes de se désister en sa faveur…

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